Redevenu d’actualité, bien que le projet de loi Dublomb ait été retoqué par le Conseil Constitutionnel l’an dernier, et, après une pétition record (plus de 2 millions de signatures) contre la première loi. Le sénateur Laurent Duplomb est donc revenu à la charge.
LES PESTICIDES ET L’EAU
Lors de la commission paritaire du 16 juillet 2026, la majorité des sénateurs et députés a voté pour le retour de l’acétamipride et du flupyradifurone.
Ces deux pesticides pourront être réintroduits par dérogation.
Les néonicotinoïdes sont largement documentés comme nocifs pour les abeilles, autres pollinisateurs et la biodiversité en général.
Ré autoriser ces substances, même par dérogation, est vu comme un retour en arrière par rapport aux engagements de protection de l’environnement alors qu’une partie de la ressource en eau potabilisable est perdue (points de captages perdus du fait des pollutions du monde agricole)
Ces insecticides sont également classés nocifs pour la santé humaine (effets neurotoxiques suspects, liens avec certains cancers, etc.).
Les premières victimes seraient les agriculteurs et les riverains exposés aux pulvérisations, ainsi que les consommateurs via l’alimentation et l’eau.
Il faut savoir que la présence de nouveaux résidus de pesticides détectés dans l’eau du robinet par les Agences Régionales de Santé a obligé les responsables de la distribution de l’eau à accélérer le renouvellement des dispositifs de dépollution ce qui s’est déjà traduit par une augmentation moyenne des factures d’eau de +16% en seulement deux ans.
USAGE DE L’EAU
Le doublement à l’horizon 2035 des objectifs de stockage de l’eau à usage agricole a également été adopté.
Pour cela les procédures pour la construction de bassines ont été simplifiées
Les grandes retenues d’eau agricoles (« mégabassines ») sont officiellement qualifiées d’intérêt général majeur, ce qui facilite leur construction et limite les recours contre ces projets.
Une autre mesure inquiète: des installations de stockage pourront être considérées comme de la compensation aux atteintes portées aux zones humides, « lorsque l’équivalence des fonctionnalités écologiques est constatée ».
Les méga-bassines pourraient « accaparer » l’eau au profit de quelques gros irrigants (ex. maïs), alors que les sécheresses et tensions sur la ressource s’aggravent.
« L’usage agricole productiviste passe devant tous les autres dans la gestion quantitative de l’eau, et la gestion de l’eau est totalement ramenée au dialogue entre le syndicat majoritaire et le préfet », s’est indigné Ronan Dantec, sénateur écologiste de la Loire-Atlantique.
MOINS DE DÉMOCRATIE SUR L’EAU
Le texte introduit un assouplissement des modalités de consultation du public, et même une suppression des réunions publiques autour de la consultation, également la possibilité de continuer de prélever pour stocker en bassine pendant trois ans sur autorisation du préfet, même si elles ont été jugées illégales.
« Ce texte s’adresse à une frange très restreinte du monde agricole à laquelle on donne de l’argent public pour privatiser un bien commun », a estimé le député écologiste Benoît Biteau.
La présence des agriculteurs irrigants dans la gouvernance de l’eau est également et anormalement renforcée. En effet, ils ne représentent qu’environ 1 % de la population mais revendique avoir davantage encore d’influence et de pression sur les décisions à prendre.
Les modifications apportées ont pour effet de déséquilibrer totalement le dispositif de gouvernance et le partage de l’eau entre les différentes parties prenantes tel qu’il a été construit depuis sa création il y a 60 ans, au bénéfice exclusif de la version la plus intensive de l’agriculture. En clair, la voix des autres organisations représentatives sera moins écoutée.
En conclusion, l’ensemble de ces choix législatifs déplace l’équilibre : au lieu de protéger la ressource en amont, ils tendent à accepter davantage de pression et de pollution, avec pour conséquence une eau potable potentiellement plus rare, plus dégradée et plus coûteuse à produire. On recule de plusieurs années, à entendre certains élus et représentants de l’état, on se croirait revenu au 19 ème siècle, la pollution chimique en plus !
