Avec la fin programmée de la mise en décharge (le site de traitements des déchets de Saint- Fromond doit cesser l’enfouissement en 2030), les projets d’incinération des déchets connaissent un renouveau.
Alors que dès 2003, la Cour de justice de l’Union européenne a considéré que lorsque l’utilisation principale d’une installation était le traitement des déchets, plutôt que l’utilisation des déchets pour produire de l’énergie, l’installation devait être considérée comme une installation d’élimination. C’est le cas des UVE (Unité de valorisation des déchets) qui doivent être considérées comme ayant pour objet une activité d’élimination des déchets, et non de valorisation énergétique.
Projet pour la Manche
D’ici fin 2026 on devrait en savoir plus sur le projet d’incinération des déchets de la Manche portée par le Point fort environnement, mal dénommé UVE.
En effet cet incinérateur est abusivement appelé unité de valorisation énergétique car la principale vocation de l’équipement reste l’incinération avec ce que cela implique en terme de pollution, plutôt qu’en production de chaleur ou d’électricité.
Cette installation est envisagée sur le site de Cavigny pour un traitement d’environ 295000 tonnes de déchets par an.
Seule option ?
Alors que la baisse du recours à l’enfouissement était censée s’accompagner surtout d’une diminution des déchets résiduels elle s’est en réalité traduite par un simple transfert vers l’incinération.
Cela ne devrait pas passer par une solution unique, mais par des réponses diverses telles que l’optimisation du compost, la méthanisation etc. …
Augmenter massivement la capacité d’incinération, condamne notre territoire à brûler des déchets pendant des décennies, alors qu’on devrait tout faire pour les réduire à la source. En instaurant une redevance vraiment incitative.
Valorisation ?
Parler de valorisation est un abus de langage qui permet de repeindre en vert le traitement des déchets. On enferme les collectivités dans une logique du tout-incinération, au lieu d’investir dans des solutions locales de prévention, de réemploi et de tri.
Selon les prévisions de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), la combustion des déchets devrait concourir à une production totale permettant de couvrir moins de 1 % de la consommation d’énergie de la France. Alors valorisation ?
Pollution
Les installations d’incinération de déchets relâchent de nombreuses substances toxiques, que ce soit dans l’air (dioxines, métaux lourds, particules fines, PFAS, oxydes d’azote notamment) ou à travers les résidus solides d’incinération des déchets (mâchefers ou résidus issus de l’épuration des fumées).
Plusieurs études de bio surveillance d’incinérateurs ont confirmé la présence de substances toxiques, que ce soit à proximité directe des installations (niveaux excessifs de dioxines dans des œufs de poules élevées en plein air à Ivry-sur-Seine) ou à plusieurs kilomètres.
Par ailleurs, les normes techniques d’émissions ne tiennent pas compte des effets “cocktails”, c’est-à-dire des interactions entre substances a priori peu toxiques mais qui, combinées, deviennent dangereuses.
Les contrôles effectués notamment à Ivry ont montré leurs limites.
Coût sanitaire
Troubles respiratoires, maladies cardio-vasculaires, perturbations hormonales, cancers… Certaines catégories de population sont particulièrement vulnérables aux polluants émis par les incinérateurs : enfants, personnes âgées, individus souffrant de maladies chroniques ou personnes vivant à proximité immédiate de ces installations peuvent être surexposés à des substances toxiques.
En France, pour le seul secteur de l’incinération, le coût sanitaire est estimé entre 2,5 et 3 milliards d’euros par an.
Coût financier
L’argent public qui finance l’incinération ne finance pas la prévention : en 2022, les collectivités locales dédiaient 1 % de leur budget de gestion des déchets aux actions de prévention, et 1 % aux actions de communication ; contre 39 % au traitement.
L’incinération est une méthode coûteuse de gestion des déchets, principalement en raison des investissements qu’elle nécessite, pour la construction de l’installation, pour sa modernisation et ses mises aux normes, et pour son fonctionnement.
La supposée valorisation énergétique incite les collectivités ou opérateurs à garantir un flux continu de déchets, y compris lorsque des efforts de réduction à la source ou de tri pourraient diminuer significativement les tonnages incinérés. Elle devient ainsi une justification économique pour maintenir un système, au détriment des politiques de prévention ou de recyclage.
Une fuite en avant
La multiplication des mégaprojets d’incinération, déconnectée des besoins du service public, est en complet décalage avec les impératifs écologiques, réglementaires et économiques.
Cette logique industrielle risque de pérenniser des pratiques de production de déchets évitables, tout en absorbant les moyens d’action des collectivités qui devraient, au contraire s’orienter vers le tri, la valorisation (textiles par exemples).
Nous espérons avoir à l’automne 2026 une réponse claire à nos interrogations concernant le
ValEDOM,( encore un bel acronyme pour masquer la réalité) « valorisation des déchets ultimes « de l’Orne et de La Manche.
A suivre de très près donc.